People walk past devastation on Grand Rue, Boulevard Jean-Jacques Dessalines, in red-zoned area of Port-au-Prince, Haiti after the earthquake in January 2010

Deux mois après le séisme en Haïti, une situation toujours tendue

Deux mois après le violent séisme survenu en Haïti le 14 août 2021, les tensions sociales et politiques sont très élevées. L’assassinat du président Jovenel Moïse, le tremblement de terre, la tempête Grace, autant d’événements qui n’ont fait qu’accroître une situation déjà tendue depuis le précédent séisme de 2010. Décryptage.

Les gangs armés continuent de sévir

Depuis début juin 2021, des affrontements entre les gangs armés à Port-au-Prince bloquent l’accès au sud du pays. La région est devenue une zone de non-droit absolue favorisant le climat d’insécurité. De sorte que depuis le 1er juin, près de 10 000 riverains ont été déplacés. Et cette criminalité empêche les organisations locales et internationales d’acheminer l’aide de la capitale jusque dans le Sud où le séisme a causé de nombreux ravages.

Cette violence s’inscrit dans le contexte d’une guerre entre gangs rivaux. L’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse en juillet 2021 en est l’illustration. Les groupes armés multiplient les enlèvements et les assassinats. Ainsi, l’industrie du kidnapping est devenue monnaie courante dans le pays. Selon les Nations unies, 171 enlèvements ont été signalés au début de l’année 2021, soit 36 % de plus qu’en 2020 à la même période. Il faut savoir que le kidnapping est  la principale source de revenus de ces bandes organisées. 

Depuis le séisme du 14 août, les gangs du quartier de Martissant, près du palais présidentiel, ont décrété une trêve afin de permettre à l’aide humanitaire d’être acheminée jusqu’à Port-au-Prince. Selon certains élus, derrière cette trêve, il y aurait un accord financier entre le gouvernement et les gangs. Et la trêve ne concernant qu’une portion de route de 3 km, la violence continue d’avoir lieu aux alentours. Dans ce contexte incertain, beaucoup d’ONG préfèrent acheminer l’aide vers les zones sinistrées par le séisme, par hélicoptère ou par bateau, par peur que le cessez-le-feu ne prenne fin au moment de leur passage.  

Et Depuis le mois d’octobre 2021, au terminal de Varreux, zone portuaire de Port-au-Prince, les gangs braquent les camions citernes ainsi que leurs chauffeurs remplis de carburant. De là, soit ils exigent une rançon contre la libération du camion et des chauffeurs, soit ils vendent la cargaison sur le marché noir.

Séisme, Covid-19, infections, un accès aux soins difficile

Près de 13 000 personnes blessées lors du tremblement de terre, peinent à accéder aux soins. Environ 90 centres de santé ont été endommagés ou détruits lors de la catastrophe. Les hôpitaux et centres de soins étaient déjà rares dans cette partie du pays. En raison des dégâts et des destructions, des milliers d’Haïtiens sont actuellement sans abris. À cela s’ajoute, la pénurie de carburant et l’augmentation des prix qui ne fait que renforcer la pauvreté. Nombreux sont ceux qui n’ont pas les moyens de se procurer les produits de première nécessité tels que les médicaments ou la nourriture. Selon l’OCHA, d’ici à février 2022, près d’un million de personnes seront les victimes d’une insécurité alimentaire grandissante dans le Grand-Sud. 

Les besoins humanitaires sont donc immenses. Handicap International renforce les soins de réadaptation en recrutant et en formant des kinésithérapeutes. Du matériel tel que des béquilles, des fauteuils roulants et des déambulateurs sont également fournis par l’ONG.  D’autre part, MSF, en collaboration avec le ministère de la Santé, apporte des soins chirurgicaux, postopératoires et psychosociaux. Des cliniques mobiles sont organisées afin de se rendre dans les zones rurales reculées fortement touchées par le séisme. En plus de la pandémie de Covid-19, de nombreux patients souffrent d’infections diverses.

Rentrée scolaire compromise pour les enfants haïtiens

Sur les 2800 écoles dénombrées dans les trois départements sinistrés par le séisme, seules 5 % d’entre elles sont restées intactes. La rentrée initialement prévue début septembre et repoussée au 4 octobre s’annonce progressive. En effet, pour permettre le retour des enfants en classe, la priorité est au déblaiement et à la reconstruction de lieux provisoires susceptibles d’accueillir les élèves. Or, la pénurie de carburant empêche les interventions par manque d’engins de chantier exploitables. À ce jour, les opérations ne sont toujours pas achevées. 

Par ailleurs, les aides financières promises aux enseignants et parents d’élèves sinistrés tardent à venir. Beaucoup de familles, appauvries par la catastrophe, ne parviennent pas à rassembler le budget nécessaire aux frais scolaires, sachant que 80 % des écoles en Haïti sont privées et donc payantes. De même pour les ONG qui manquent de fonds nécessaires pour aider à la relance des écoles. L’UNICEF tire la sonnette d’alarme sur le fait que ces difficultés financières auront un impact certain sur le taux de scolarisation. L’ONG estime que le retard pris dans la réouverture des classes entraînera un abandon de l’école de plus de 230 000 enfants.

Relance des processus d’expulsions

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moise, le pays caribéen est en proie à une insécurité grandissante. À cela s’ajoute le violent séisme du 14 août qui a déclenché un pic de migration internationale en provenance d’Haïti. Cela aggrave la crise migratoire déjà présente dans les Amériques. Il y a quelques semaines, l’indignation aux États-Unis et dans le monde atteignait son apogée. À la frontière entre le Mexique et le Texas, des migrants étaient violemment repoussés à coup de fouet par des policiers locaux américains. 

Pour pallier une grave crise migratoire, le gouvernement des États-Unis a relancé les processus d’expulsion des ressortissants haïtiens vers leur pays. Dès lors, les vols d’expulsion se multiplient. En moyenne, 400 personnes devraient être renvoyées en Haïti chaque jour, au cours des prochains mois. Certains de ces migrants avaient quitté leur pays, il y a plus de dix ans, fuyant la pauvreté et le chaos. Sans compter que le pays continue de faire face à de multiples crises, ce qui compromet la capacité d’accueil des Haïtiens sur le retour. En réaction, les Nations unies appellent les États à cesser les expulsions de migrants en direction d’un État en effondrement. 

Dans un contexte de tensions profondes et généralisées, la solidarité internationale continue de s’organiser pour faire face à une crise multiforme. 


Image : Pixabay
Sources :

– https://www.lemonde.fr/international/article/2021/09/01/haiti-apres-le-seisme-fragile-treve-des-gangs-a-martissant_6093001_3210.html

– https://reliefweb.int/report/haiti/ha-ti-tremblement-de-terre-rapport-de-situation-no-7-au-7-octobre-2021

– https://www.la-croix.com/seisme-Haiti-face-defi-rentree-scolaire-2021-09-06-1301173950

– https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/en-haiti-les-gangs-prennent-le-secteur-petrolier-en-otage-1122637.html

– https://news.un.org/fr/story/2021/09/1105212



De Virginie Yvrard

Virginie Yvrard, rédactrice Web

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